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De la neige sur Montréal

Je me sens un peu comme dans "Lost In Translation", perdu au milieu de nulle part ("au milieu du monde", comme le suggère ce nouveau titre de blogue, ça vient de Michel Houellebecq et je trouve que ça correspond exactement au moment actuel de l'humain et de sa condition planétaire, je me sens prisonnier au centre d'un monde qui m'est inaccessible, et dont les cases solitaires séparent les êtres humains entre eux en les subdivisant dans leurs propres retranchements, dans des cabines isolées. Jamais n'aura-t-on été aussi près du monde qu'aujourd'hui, et pourtant, paradoxalement, jamais n'aurons-nous été aussi éloignés les uns des autres). Je me demande ce que je fous ici, pourquoi je ne suis pas ailleurs, ou autrement, pourquoi pas plus vieux, ou plus jeune, ou si j'étais davantage ceci plutôt que cela.

Terminé la lecture du dernier roman d'Orhan Pamuk, "Neige", lauréat du Médicis Étranger lors de la dernière rentrée littéraire. Cet écrivain turc, entre autres récipiendaire du prix Impac pour "Mon nom est rouge" (le sien avait justement été murmuré à titre d'écrivain nobélisable, autant pour ses opinions politiques que la qualité littéraire de ses textes), était le centre d'attention des milieux culturels d'Europe et du Moyen Orient depuis plusieurs mois, jusqu'à tout récemment, alors qu'on l'a accusé d'avoir insulté l'identité turque lorsqu'il avait déclaré à un journal suisse qu'il y avait bel et bien eu un génocide arménien en Turquie. Son procès fut abruptement interrompu en décembre, d'abord remis en février, puis finalement annulé vers la fin janvier. Ankara veut ainsi éviter, en abandonnant les poursuites contre Orhan Pamuk, de se mettre à dos une grande partie des médias occidentaux et des observateurs de la liberté de la presse, alors que la Turquie tente désespérément d'accréditer son statut d'état "civilisé" auprès de l'Union Européenne. Tant qu'à moi... la Turquie a beaucoup de comptes à rendre si elle veut faire partie de l'UE, et d'abord et avant tout, reconnaître qu'il y a effectivement eu un massacre sur ses terres. Ça fait partie d'un minimum... et ce n'est pas parce qu'Ankara a abandonné le procès contre Pamuk qu'ils ont nécessairement approuvé ce qu'il a dit, au contraire, ils ont abandonné le procès par simple manque de preuves, ne pouvant faire la démonstration que ce qu'il disait était faux. C'est aberrant, quand même ! Quand on pense que ceux qui veulent parler librement de l'histoire de leur pays doivent venir en Occident, présenter des films à Cannes comme le fait Egoyan, ou publier chez Gallimard un livre sur des questions sensibles des positions religieuses et ethniques de la Turquie, comme Pamuk, moi ça me dépasse. Un peu et plus et on parle de la Chine... d'ailleurs Google vient d'emboîter le pas à Microsoft, ils acceptent les conditions de censure pour les utilisateurs chinois. Damn it, ce qu'ils font chier à ne pas savoir mettre leurs culottes.

Revenons à "Neige". Ça parle de quoi ? De l'islam. Du port du voile. Des Kurdes. Des nationalistes, des républicains, des putschs militaires, de Dieu et du Prophète, des terroristes, des multiples interprétations des différentes religions. Vous me direz, eh bien, on se rapproche de Houellebecq ou de Yann Moix et de sa "Partouz", de Beigbeder et de ses "Windows On The World"; vous n'aurez pas tort, puisqu'il s'agit d'un livre strictement politique, un essai romancé serais-je tenté d'écrire, mais d'un point de vue complètement différent. Un point de vue neutre, pour une fois. Ni pour, ni contre, bien au contraire; c'est bien résumer "Neige", qui n'adopte aucune réflexion élargie mais s'intéresse davantage aux fragments, aux opinions de tous les individus qui composent une communauté. C'est comme si on mettait dans un livre les mémoires de Ben Laden et de Bush, mettons. J'exagère, et c'est beaucoup moins "actuel" que ça, très poétique, sans date, sans mémoire précise, mais ça dégage cette très forte odeur de brulôt, de pamphlet anti-religieux, anti-politique, à l'extrême opposé des discours bidons d'Occidentaux qui croient pouvoir régler le conflit palestino-israélien en quelques centaines de pages, une dizaine de minutes à la télévision et huit ou neuf articles dans les journaux. Et malgré tout ça, "Neige" est aussi un extraordinaire roman, sensible, qui traite principalement d'amour; l'amour impossible entre un homme désespéré, Ka, qui revient dans sa ville natale de Turquie, Kars, pour y retrouver la femme qu'il a longtemps aimée. C'est aussi l'amour du témoignage, du récit, de la quête de la vérité, qu'elle soit très belle ou franchement laide, et à ce titre, c'est un très juste et cruel regard sur la Turquie; étonnant comme ce bouquin est complètement à l'antipode des volontés politiques de cette même Turquie, celle-là même qui veut entrer soudainement de plein fouet dans le monde occidental de Tony Blair et de Chirac, sans réaliser qu'aucun des deux côtés, l'est ou l'ouest, n'est nécessairement meilleur que l'autre.

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à propos de daviel lazure vieira au milieu du monde - et de son auteur

Daviel Lazure Vieira est journaliste et rédacteur. Il a travaillé, entre autres, pour le web-magazine P45, la revue littéraire Entre les lignes, en plus de collaborer à de nombreux médias, dont Urbania, Plaisirs de Vivre, la Première Chaîne de Radio-Canada et enRoute. "Daviel Lazure Vieira au milieu du monde", ce sont des réflexions naïves et sensibles sur l'art, la société, la musique, les livres, le cinéma, la politique, c'est un espace où communiquer des idées, où partager des découvertes, et aussi, accessoirement, où s'interroger sur le sens de son existence. Il vit à Montréal, au Canada. Pour accéder à son profil, cliquez ici. Pour voir ses photos, cliquez ici. Pour le reste, cliquez ici.

Trucs intéressants. L'album de Justice. La rue Laurier et le Mile End. La Quincaillerie et ses employés surnaturels. Mon futur nouveau MacBook Pro. Oldgold, sur l'Avenue Mont-Royal. "No One Belongs Here More Than You", de Miranda July.

Gens épatants. Alex's [insert clever name], Alice, Annie, Biscuit Vio, Le blogeneviève, Burp, Catherine, plus futile et bilingue que jamais, Caro Things, La célibataire urbaine, Célinie, Chble, Chloé Delaume, Chroniques Blondes, Darnziak, Doprano, Ed. Hardcore, Émilie, jeune et jolie, Éric Simard, Et moi plus, Fanny Ardente feu Natasha, Feloshiva, Frederic Rappaz, Frenz, ma seule et unique, Funny time of year, Guylaine Couture, Gwenaëlle, Hippopocampe, L'insomniaque, Janou-Ève, Je Me Moi, Julien Smith, Kafkadan, Luce Beaulieu, Mad World, Marc-André Brouillard, Marie-Chantale Turgeon, Marie-Noëlle, Mélanie Baillairgé, Méandres sur papier virtuel, Meth, Michel Houellebecq, Les Moquettes Coquettes, Nelly Arcan, Nicolas Langelier, Nitram, Pat White, Patrick's "i never nu/knew", Patrick Brisebois, Philippe Beaudoin, Rock'n'Doudou, Rosalie de l'Oeil, Roxana Brongo, Sébastien, Sombres Mots, Sounds Like Fun, Stéphane Dompierre, Steve Proulx, Tchendoh, TMcG, Tommy Doyle, Vero.b, Véronique Desrosiers' "Brun Birdy", Véronique Marcotte, Les Vieux Garçons, La ville s'endormait.