
Eh ouais, je sais que la plupart des gens ont décidé, pour une raison inexplicable, de boycotter les listes de fin d'année et de laisser tomber les palmarès, mais comme je sais que secrètement la plupart d'entre eux en font quand même et aiment en lire, j'ai décidé de m'affirmer et de ne pas prétendre ne pas vouloir en faire.
Alors... Je sais, je sais, c'est de la pop, mais de la pop comme il ne s'en fait plus.
Lily Allen est un véritable coup de coeur cette année, et son album "Alright, Still", l'un de ceux que l'on ne se lasse jamais d'écouter. "Everything's Just Wonderful" quand ça va bien, "Littlest Things" quand ça va mal. "Smile" pour sa jouissive missive contre les ex, "LDN" pour s'imaginer au soleil près de la Tamise.
Du côté anglophone, plusieurs très bons coups.
Charlotte Gainsbourg et "5:55", d'abord pour sa voix magnifique, mais aussi pour l'incroyable travail du groupe Air au niveau musical.
Joanna Newsom, ensuite, et "Ys", pour son souffle adouci après un premier effort, et aussi pour les envolées lyriques de cet album quasi-mystique. Newsom disait, en entrevue aux "Inrocks", que chacune des cinq pièces composant "Ys" révélait une part de tristesse, un drame personnel qu'elle était incapable d'illustrer, dont elle ne pouvait parler ouvertement, et qu'elle a préféré teindre d'ambiguïté par la musique. Très belle façon de concevoir un album...
Retour de
Beck avec "The Information", et son syle fourre-tout : c'est un beau pot-pourri d'électro, de folk, de pop et même de hip-pop. Mention particulière à CSS, acronyme de
"Cansei de Ser Sexy" ("Fatigué d'être sexy", en portugais), un groupe brésilien influencé par Peaches. Sur la scène montréalaise,
Islands et
Patrick Watson se sont avérés de belles surprises, pour "Return to the Sea" et "Close to Paradise", alors que
Nouvelle Vague ("Bande à Part") et les
Yeah Yeah Yeahs ("Show Your Bones") nous ont confirmé qu'ils avaient bel et bien du talent. Le génial
Thom Yorke nous a offert "The Eraser", qui, sans être totalement différent des travaux de Radiohead, a été un bon compromis estival, nous permettant de patienter jusqu'au successeur de "Hail to the Thief".
Sean Lennon résonne un peu comme le paternel dans "Friendly Fire", ce qui n'est pas pour déplaire, et
Jane Birkin, langoureuse amante de Serge Gainsbourg sur "Je t'aime, moi non plus", mère de Charlotte, s'est entourée d'excellents collaborateurs sur "Fictions", un album urgent, vif, à l'image de cette Jane magnifique qui court à travers Paris sur les photos du disque.
Et alors, l'an prochain ? Il y a(urait)
Daniel Bélanger et cet album mystère que l'on n'attend plus, et
The Arcade Fire avec "Neon Bible", un titre extrêmement prometteur - dire que je n'ai pratiquement jamais su qu'ils venaient cinq soirs à Montréal, à la Fédération Ukrainienne... Oh, et un second
Carla Bruni, "No Promises", dont les textes proviennent de grands poètes anglais, comme Emily Dickinson. On peut déjà écouter quelques morceaux
sur son site officiel, en attendant de pouvoir écouter l'ensemble les dimanches matins un peu gris, quand on se réveille tard avec quelqu'un qu'on aime. C'est bizarre, je me sens toujours un peu mal de l'apprécier, alors que d'un autre côté je suis tombé amoureux du roman de Justine Lévy, "Rien de grave", dans lequel elle raconte sa rupture d'avec Raphaël Enthoven qui l'a quittée pour Bruni...
Albums francophones, maintenant. Quel dommage, qu'elle soit oubliée toujours tout le temps, au Québec. Quel dommage, que personne ne lui accorde une petite place dans les palmarès du "VOIR", du "ICI", de "La Presse" et des autres, et quel dommage qu'on ne lui offre que de faire la première partie d'un spectacle d'Ariane Moffatt aux FrancoFolies.
Émilie Simon n'est pas choyée ici, et je ne sais pas tout à fait pourquoi, puisque "Végétal" est un pur chef-d'oeuvre, bien supérieur à son premier album. Maîtrise des textes, des textures, de l'atmosphère sonore, c'est de l'électro et de la pop bien différente de Thomas Fersen ou de Vincent Delerm. Deux sons d'hiver magnifiques,
Malajube et son "Trompe-l'Oeil",
Pierre Lapointe et sa "Forêt des mal-aimés". "Chevrotine", du groupe français
Holden, ensuite, pour la voix claire et lucide d'Armelle Pioline, et cette musique d'un autre temps que l'on ne se lasse pas d'écouter.
Navet Confit, que j'ai pris un peu de temps à apprécier, mais qui reste une découverte plutôt surprenante, ça me fait penser à du Leloup, dans ses moments sans omniprésence médiatique... Oups, désolé, c'est sorti tout seul. Pas de "Mexico" dans la liste, parce que je ne l'ai tout simplement pas acheté. Pas envie. Peut-être que je manque quelque chose. Mais tant pis. Et puis pour finir l'année en beauté, il y a aussi eu
Dumas avec "Fixer le temps", et
Numéro# et leur très joli premier album, "L'idéologie des stars".
Côté cinéma, maintenant. Je sais qu'il n'a pas plu à tout le monde, surtout après le génial "Eternal Sunshine of the Spotless Mind", mais
"The Science of Sleep", de Michel Gondry, m'a beaucoup ému. Pour toute cette réflexion sur les relations que l'on entretient avec les autres - sur notre incapacité à entretenir des relations avec les autres - et avec soi-même. Parce que ça m'a fait penser aux univers que je créais, étant enfant, et qui habitent toujours mon esprit aujourd'hui, un peu à l'image de Stéphane, qui s'invente des mondes pour s'y réfugier, et qui finit par y croire, par y vivre, préférant même y vivre que de vivre dans la réalité. Je crois que je suis un peu comme ça. Et puis, pour l'amour impossible, surtout, pour l'amour impossible. Et puis il y a aussi le souvenir de cette conversation, suite au film, avec Myriam et sa soeur Cassandra, au Café du Nouveau Monde, où nous avons parlé d'amour.
"Volver", bien sûr, de Pedro Almodóvar, pour Penélope Cruz, et le retour aux sources du réalisateur de "Todo sobre mi Madre" et de "Hable con Ella". C'est un hommage aux femmes, un hommage à la famille, aux racines, à la vie, et aussi à la mort. Aux mensonges et à la vérité. Bref, un excellent cru, à voir absolument.
Il y a
"The Secret Life of Words", un film très surprenant d'Isabel Coixet, réalisatrice du sublime "My Life Without Me". Pour ce coup-de-poing, ce petit arrière-goût amer, et l'interprétation de Sarah Polley et de Tim Robbins. Inoubliable.
"Marie-Antoinette", de Sofia Coppola, ensuite, qui n'a pas plu à tout le monde, mais que j'ai tout de même beaucoup aimé. Parce qu'encore une fois, Coppola explore le thème de la solitude, ce thème qui va si bien à l'ensemble de ses films : pour Kirsten Dunst, lumineuse et seule, pour l'histoire de cette petite fille naïve confrontée trop tôt à un monde qui n'est pas le sien. Parce que c'est quelqu'un qui, du début jusqu'à la fin, n'aura pas été à sa place. Ce n'est pas "Lost In Translation", mais c'est tout près.
Et enfin,
"Babel", d'Alejandro González Iñárritu, pour le silence, pour ces mots qui ne sont pas dits, et pour ceux qui sont de trop. Pour ces distances qui paraissent insurmontables entre nous et nos semblables.
En matière de théâtre, je commence à m'y remettre : cette année, deux coups de coeur, et deux claques :
"Le Projet Andersen" de Robert Lepage, et
"Incendies" de Wajdi Mouawad. Bien hâte en janvier, ce sera l'occasion de voir
"Forêts" à l'Espace GO, la nouvelle pièce de Mouawad, pour mon anniversaire. Et il y a
cette nouvelle création de La La La Human Steps et d'Edouard Lock, en avril, qui semble bien prometteuse...
En ce qui concerne les romans, je m'abstiens. Je n'en ai pas lu assez pour juger. Je lis en ce moment
"Les Bienveillantes" de Jonathan Littell, je pourrai dire lorsque je l'aurai lu si l'engouement autour de ce robuste ouvrage de plus de mille pages, sur les confidences d'un officier SS allemand, justifiait ce Goncourt et ces ventes exceptionnelles de plus de 500 000 exemplaires.
Toutefois, quelques bons coups :
"Everyman", de Philip Roth, un essentiel à lire de l'auteur de "Human Stain". Ça frappe, c'est dur, c'est cruel, mais voilà, c'est aussi ça, la littérature. Il publiera en octobre 2007 un roman qui signe la fin de Nathan Zuckerman, son alter ego de "American Pastoral", et qui s'intitulera "Exit Ghost", en écho au premier ouvrage mettant en scène Zuckerman, "The Ghost Writer".
"Extremely Loud and Incredibly Close", du prodige Jonathan Safran Foer, qui vient de paraître en version française, aussi. Christine Angot nous a donné un nouveau
"Rendez-vous", décrié par à peu près tous ses détracteurs, mais qui reste, selon moi, un très beau livre pour tous ceux à qui l'écriture autobiographique ne donne pas l'urticaire. Puis
"Lignes de Faille", de Nancy Huston, un récit très juste et acide sur le souvenir, la mémoire.
Ah, et une belle surprise,
"Les perruches sont cuites", de Charles Bolduc. Parce que l'espace d'une centaine de pages, on a l'impression de retrouver "dans un coin de soi-même des morceaux du monde réel", comme l'écrivait Artaud, outre les baises, outre les filles qui prennent la place des unes et des autres, outre l'alcool, la solitude, Charles Bolduc a cette manière d'écrire sur le reste, sur ce qui reste. Sur le départ des choses, des êtres, et de soi. Ses mots sont précieux. Voilà, donc. Il m'en manque, mais c'est promis, j'essaierai de combler cette ignorance des derniers mois et de me remettre intensivement à la lecture.
Je n'ai pas été très fidèle au poste, au mois de décembre, ni envers ce blog, ni envers plusieurs exigences. Voyez, j'imagine que c'était nécessaire : j'essaierai de faire mieux. Tiens, ça pourrait faire partie de mes résolutions...